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Cimiez : Alchimie et Tradition par Bernard Chauvière

 

fresques_cimiez

L’alchimiste Schwaller de Lubicz, étudia ces fresques. En 1960 Eugène Canseliet évoque ces fresques dans son ouvrage d’alchimie "les 12 clefs de Basile Valentin". Aujourd’hui la chapelle est fermée au public en raison de l’état de dégradation avancé. Cet ouvrage commenté par un expert de l’Art majeur est donc le seul guide qui vous permettra de partir à la découverte de ce langage blasonné haut et fort selon les règles de la langue des oiseaux. 48 magnifiques illustrations commentées en font un véritable guide et sans doute le premier depuis les "demeures philosophales" de l’Adepte auquel il entend également rendre hommage ainsi qu’à son disciple Eugène Canseliet. Les phrases et les symboles qui accompagnent les fresques semblent prouver que les Franciscains du XVIIe siècle ne dédaignaient pas l’étude de la philosophie hermétique. Ils étaient d’ailleurs hommes d’études ainsi que le prouve le magnifique cadran solaire universel sur la façade sud, oeuvre du R.P. Ildefonse (1876)

inficitLa tendance historique à la personnification qui avait fait du dieu Thot, le fondateur légendaire égyptien del'Alchimie, accordait aussi des révérences au dieu latin Vulcain, sourcilleux maître de forge et au dieu grec Hermès, transmetteur remuant des volontés de l'Olympe et qui donnera son nom à la «science hermétique». Feu et savoir devaient être en effet les pouvoirs qui permettraient de manière particulière la transformation d'un élément en lui-même purifié ou l'obtention d'une entité nouvelle, elle-même issue d'une purification.

L’homme, se rendant possesseur de cette faculté, pourrait alors mettre celle-ci au service d'un désir de connaissance, d'illumination, d'élévation mystique jusqu'à par extraordinaire, la découverte de la formule d'immortalité, notion que les Églises se devaient de tenir à distance.

Ce que nous savons aujourd'hui des bouleversements telluriques du passé, nous montrant les transformations opérées naturellement par les réchauffements climatiques, les infiltrations, les sédimentations, les solidifications, les variations végétales, les adaptations animales... invitait intuitivement l'homme à susciter des rencontres de matières qui lui feraient comprendre les phénomènes réputés obscurs que la vie présentait jusque dans les domaines spirituels. C'était aussi la tentation d'accélérer ces processus et ainsi de se rendre maître du destin présent et futur de l'humanité.

Par bonheur, les vrais officiants de ce «nouvel ordre des choses » comprirent qu'un tel orgueil, de même que la recherche d'un éventuel profit matériel par de telles pratiques, les conduirait à la ruine autant morale qu'intellectuelle.

Les expérimentateurs, souvent issus des milieux religieux, virent bien la juste place qu'ils devaient accorder à la poursuite de leurs expériences par rapport à leur foi ou leur croyance. Ainsi l'Alchimie tendra-t-elle à se rapprocher de la mystique chrétienne par la saine soumission à sa dogmatique, en considérant la transformation de la matière à laquelle ils aspirent, comme le miroir d'une purification de l'âme humaine, sans rejeter toutefois les obtentions à caractère thérapeutique et bientôt chimique qui en seraient le corollaire.

Venue d'Orient, l'Alchimie avait d'abord intégré les schémas de celles des religions qui entretenaient le mystère et où les exigences capricieu­ses des dieux ne laissaient que peu de place à la clairvoyance humaine.

En rencontrant le monothéisme, entre sagesse, intelligence et ésoté­risme, la philosophie hermétique prenait la forme que nous lui connais­sons en général encore aujourd'hui. Or, l'initiation, l'expérimentation, l'accomplissement durement atteints du travail hermétique, avaient besoin de signes et d'un vocabulaire sensible et concordant. Le mythe païen et la symbolique biblique allaient lui fournir un riche répertoire de représentations plastiques et littéraires dont elle tirerait ses propres thèmes. C'est cette conjugaison qu'on peut reconnaître dans l'excep­tionnelle décoration murale du monastère franciscain de Cimiez. Son style s'apparente à ce caractère baroque de la fin du XVI siècle qui déri­vait de la Contre-Réforme. De larges volutes forment le fond décoratif où les figures apparaissent tantôt savantes, tantôt populaires ou naïves. En certains points, ce sont des signes sous-jacents que l'alchimiste peut percevoir dans les évocations des dogmes chrétiens, en particulier sur deux voûtes, l'une consacrée à la Vierge Marie de l Apocalypse, l'autre au Christ de l'Incarnation et de la Passion. Ailleurs, le Grand Œuvre alchimique développe ses séquences de façon autonome.

De ce double aspect, il convient d'éviter toute assimilation hâtive et gratuite, toute confusion malheureuse et de le replacer dans l'his­toire de l'Alchimie elle-même du XVIIè siècle finissant, face aux nouvel­les philosophies. Dans ce cycle soigneusement élaboré au monastère franciscain par des esprits cultivés, il faut voir l'intérêt que portait à l'image, à son influence et aux connaissances de son temps, la frater­nité religieuse franciscaine des XVI et XVII siècles.

En laissant chacun nourrir sa propre réflexion à la lecture de ce livre, l'intuition nous vient de voir, au-delà de l'aboutissement de l'«opéra­tion » encore toute humaine, ce que Teilhard de Chardin exprime dans sa Messe sur le monde : «Je me voue, jésus, à votre Corps, c'est-à-dire le Monde devenu par votre puissance et par ma foi, le creuset magnifique où tout disparaît pour renaître... »

L'exposé que fait Bernard Chauvière dans la présente publication, de la densité d'un sujet qui lui est devenu familier, sera apprécié pour son effort de clarté comme pour l'ensemble des images qu'il présente et la fidélité de leur reproduction.

Roland MARGHIERI
Conservateur honoraire du Monastère
et du Musée franciscain de Cimiez à Nice

[Voir le livre ici| Télécharger le bon de commande PDF| Voir la quatrième de couverture]

 


bchauviereBernard Chauvière : en hommage à Eugène Canseliet, alchimiques réflexions introductives (extrait du livre)

Le monastère franciscain de Cimiez, situé à Nice, reçut au début du XXè siècle, la visite d'un adolescent de dix-huit ans accompagné de son maître. En effet, en 1917, Eugène Canseliet et son aîné Fulcanelli se rendirent à Cimiez.

Quarante ans plus tard, devenu le personnage que l'on connaît, il donna l'interprétation hermétique de plusieurs peintures décorant la sacristie, et les corridors du premier étage, là où sont situées les cellules des frères.

Nous nous souvenons parfaitement du regret formulé par celui-ci, lors d'une conversation à Savignies, à savoir que les fresques de Cimiez méritaient d'être beaucoup mieux connues.

Eugène Canseliet possédait des photographies de la croix séraphique de Cimiez, et nous sommes enclin à penser qu'il avait également en sa possession un tirage complet des fresques du monastère. Nous nous sommes donc fréquemment posé la question suivante: pour quelle raison n'a-t-il jamais fait éditer un ouvrage comprenant toutes les pein­tures murales, commentées par lui ?

Les remarques formulées en notre présence par le maître de Savignies prouvent suffisamment, en tout cas, que les souvenirs le rattachant au monastère lui tenaient à coeur.

croix_seraphiqueQuoi qu'il en soit, pour avoir fréquemment visité le lieu, grâce à l'obligeance du conservateur, et séduit par la beauté et la richesse des couleurs des peintures franciscaines, il nous a semblé opportun que les amateurs de la Science d'Hermès, ainsi que tous les hommes et femmes de bonne volonté, puissent enfin avoir sous les yeux la totalité des fres­ques symboliques.

Ici, nous nous devons de préciser que, malheureusement, la sacristie, l'oratoire, la bibliothèque et les corridors ne sont plus accessibles au public. Nous nous trouvons en effet dans un lieu habité par des Reli­gieux, dont il convient de ne point troubler la quiétude.

Il faut bien admettre aussi que, rarement, l'alchimie et son symbo­lisme furent exprimés avec autant de précision, en un lieu consacré à la religion, sachant toutefois que ces représentations offrent elles-rnê­mes une résonance aux mystères de la foi chrétienne. Là encore, c'est à Eugène Canseliet que nous devons d'avoir eu connaissance de l'exis­tence de ces fresques.

Elles furent peintes avec talent au XVIIè siècle, inspirées par une frater­nité érudite et son esprit, qui perdura pendant plusieurs siècles, et qui malheureusement, a tendance à disparaître de nos jours. Il suffit pour cela de constater que depuis la disparition d'Eugène Canseliet en 1982, les errements des « pseudo-alchimistes » n'ont aucun frein : « stages de formation » au laboratoire proposés aux néophytes, discussions sans fin sur Internet oû chacun prétend détenir la vérité, parution d'un faux ouvrage attribué à Fulcanelli, rééditions successives d'un livre, toujours le même, sur son identité, photographies des phases du Grand Oeuvre et de la Pierre Philosophale, etc. Un vrai fonds de commerce!

Devons-nous admettre qu'un alchimiste, possesseur de la gemme philosophale, et par conséquent Adepte, éprouverait le besoin et l'or­gueil de se produire sur les Forums de discussions pour y diffuser les preuves de sa réussite ?

Mais revenons sur la colline de Cimiez où, dès leXVIIè siècle, un véritable Adepte entreprit de laisser à la postérité les preuves bien réelles de sa réussite opérative.. (C) Bernard Chauvière


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